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L'Art du Chi : stage au Centre Vlady Stévanovitch

Le Centre V. Stévanovitch
La petite route ensoleillée du Luberon tortille entre les collines écrasées de soleil. Nous roulons depuis longtemps sans croiser une seule voiture. Seuls les champs de lavandes qui étendent leurs lignes parfumées vers l’horizon nous accompagnent. Parfums de fleurs et chants des criquets rappellent que nous sommes en Provence.

Après un dernier raidillon pour gravir l’ultime colline, on laisse sa voiture dans le parking pierreux entouré d’arbres chétifs. Beaucoup de voitures de toutes les régions sont déjà là.

L’accueil n’est pas un vain mot au centre Vlady Stevanovitch. Les sourires sont détendus, les regards directs, l’organisation rodée. On devine des habitués qui se retrouvent avec des accolades chaleureuses comme après une longue sortie en mer.

Le Centre lui même est une agréable construction ocre de plein pied. A part deux petits bureaux, il est surtout constitué d’une très grand pièce au parquet clair qui sert aux exercices au sol, aux cours réunissant l’ensemble des stagiaires … et aux fêtes nous dit-on. On laisse ses chaussures à l’extérieur, sur de petites étagères. Dans un angle de la pièce, des dizaines de coussins et tapis de sol bigarrés s’entassent sans ordre. Pourtant, même s’il ne dit pas son nom, on pense avant tout à un Dojo en pénétrant dans la large salle éclairée de grandes baies vitrées. Ici, l’espace semble vibrer.

Dehors, l’autonomie est la règle. Des cours sont proposés selon le niveau des participants. Ils se répartissent dans plusieurs terrasses aménagées non loin du Centre. Des grandes bâches sont parfois accrochées en hauteur pour réserver un espace d’ombre aux pratiquants.

Une vingtaine de stagiaires débutants de tous âges se rassemblent autour d’un jeune professeur à l’intonation espagnole. Les enseignants viennent souvent des quatre coins d’Europe :  Pedro, Ined, Paul - venu d’Allemagne, Manuella… enseignent chacun avec une pointe d’accent. Leur point commun est un sourire avenant, où s’affiche modestie mais aussi un peu d’amusement. Visiblement, ils ont plaisir à être là.

cours de taichi avec Michèle

Plus loin, des groupes « confirmés » débutent déjà la forme de taichi des 108 mouvements. En effet, même si l’Art du Chi est résolument occidental, il s’appuie sur des exercices de tai chi chuan classiques (forme des 24 et 108 mouvements).  Mais toujours, on souligne l’importance de l’enracinement dans les postures, de la conscience du tantien, ce centre énergétique du corps situé dans le bas-ventre. Des exercices plus spécifiques de ressenti du Tantien sont d’ailleurs proposés en salle par Josette, « ancienne » à la voix posée et chaleureuse. Dehors, on entend les échos de ceux qui ont choisi le cours de « kiriki » ou « fighting form », d’où sortent de grands éclats de rire.

Mais le point d’orgue du stage est le cours d’initiation donné par Vlady lui même dans la grande salle. La plupart des stagiaires sont déjà installés à l’intérieur, comme en témoignent les rangées de sandales et chaussures entassées au dehors. La haute silhouette de Vlady arrive alors, et bien qu’approchant les 80 ans, il se dégage de lui une énergie  impressionnante.

Vlady prend place en posture de méditation devant l’ensemble des stagiaires attentifs.
« Le confort d’abord » annonce-t-il en forme de salut. Et alors que les stagiaires rectifient leur assise ou ajustent un châle, les yeux clos, Vlady guide déjà, d’une voix posée et claire, les stagiaires dans leur exploration intérieure. La détermination mêlée de douceur qu’on lisait dans son regard se retrouve dans son enseignement. L’éveil de la sensation d’énergie se fait progressivement, en « entrant en amitié avec son corps ».  On progresse alors par la pensée dans cet espace sacré qu’est notre monde intérieur. Ce monde-là, qui va bien au-delà du seul mental, est d’abord corporel et on le découvre tout à coup vibrant.

Le dernier travail proposé par Vlady s’appuie sur les sons « chargés de Chi ». Allongés confortablement au sol, les stagiaires sont baignés d’une mélopée très douce. Par dessus le fond sonore, une voix chaude prononce des mots au sens inconnu (« c’est du serbo-croate » expliquera ensuite Michèle, la compagne de Vlady. On utilise à dessein une langue inconnue pour ne pas mobiliser le mental.). « Ce sont des mots prononcés par une mère à son enfant qui s’endort » annonce Vlady. La voix est caressante et le fond sonore à des allures de complaintes slaves. L’émotion est rapidement au rendez vous pour certains.

Vlady Stévanovitch


Qu'est-ce que les sons "chargés de Chi"? Nous ne saurons pas vraiment. C'est en tout cas le coeur du travail de Vlady, qui utilise ces sons, une fois enregistrés, dans ses cours et même, nous dira-t-on, en milieu hospitalier pour procurer soulagement et détente. Le cours se termine avec les dernières notes un peu suaves, les stagiaires se redressent, se sourient . Ils discutent à petits groupes ou se séparent dans une atmosphère concentrée et sereine.

Le dernier soir de la semaine est fêtée dans la bonne humeur : spectacle des enfants des stagiaires d’abord - préparé à la garderie organisée pendant les cours - puis soirée dansante. Les stagiaires évoluent aux accents du tube de l’été qui résonne dans la grande salle. 

L’école de l’Art du Chi pourrait-elle être une secte ? Certains commentateurs à distance l’auraient affirmé peut être à cause de l’emplacement isolé du Centre et de la personnalité charismatique du fondateur. Pourtant, quand on y séjourne  quelques jours,  la grande liberté qui y règne et les tarifs tout à fait classiques des cours ne semblent pas aller dans ce sens. On y croise plutôt des personnes équilibrées, appréciant les discussions franches avec humour, sans se prendre au sérieux.

Le centre d’Oppedette conduit une recherche originale sur les mécanismes de l’énergie. Souhaitons longue vie à ce Centre et à ses explorateurs européens du Chi.

JGL

Reportage réalisé à l'été 2004. Nous apprenons la disparition de Vlady Stevanovitch, début novembre 2005. La Porte du Ki adresse ses condoléances à Michèle et à sa famille et remercie encore le Centre pour leur accueil.

En savoir plus sur l’Art du Chi : www.tantien.com

Lire aussi le portrait de Michèle Stévanovitch publié sur La Porte du Ki.

Nous remercions le Centre Vlady Stévanovitch pour la mise à disposition de plusieurs photos. 

 


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