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Dominique Banizette : Qi Gong en Chine

Dominique Banizette en Qi Gong

Interview réalisée à Shanghai le 27 Avril 2000 par Mr ZHU Béda journaliste à Shanghaï et Mme Beylier Fabienne professeur de français.

Z.B : Dominique Banizette : quand et comment avez vous découvert le  Qi Gong ?

En 1987, j’étais dans une école d’énergétique chinoise en France, une personne de cette école a organisé une rencontre avec un professeur de Qi Gong qui venait du Japon. J’était invitée à cette rencontre pour simplement regarder et essayer de comprendre ce que c’était que cette pratique. L’année d’après, ce professeur est revenu lors d’un stage organisé de façon plus conventionnelle. Il y avait 80 personnes intéressées pour découvrir cette pratique pendant 4 jours. Je faisais partie de ces 80 personnes.


F.B. : Quel a été votre parcours et qu’est ce qui vous a poussé à continuer dans cette pratique ?

Dans ma vie, j’ai fait beaucoup d’expériences au niveau corporel, j’ai commencé par la danse quand j’était enfant et jusqu’à l’adolescence, puis j’ai fait beaucoup de sport, du hand ball, de la natation, de l’athlétisme, ensuite j’ai découvert le yoga que j’ai pratiqué pendant  7 ans. Mon corps était habitué à bouger et à être utilisé de différentes manières. Mais quand j’ai découvert pour la première fois cette pratique, le Qi Gong, j’ai senti qu’il y avait là, quelque chose que je ne connaissais pas, que je n’avais jamais abordé. C’est que lorsque l’on pratique le Qi Gong, on n’utilise pas la force musculaire, on utilise la détente musculaire. Alors que dans le sport, dans la danse, dans le Yoga, on utilise la force musculaire.
Là, il s’agit au contraire de détendre le muscle et de laisser le mouvement se faire avec la simplicité maximum au niveau de l’utilisation du muscle, avec le minimum d’effort musculaire. C’était déjà une découverte fondamentale, que j’avait très envie d’expérimenter.
Et puis j’ai ressenti tout de suite, dès le premier jour, que cette pratique allait plus loin qu’une simple pratique corporelle, et que ça ouvrait une voie au niveau d’une évolution personnelle possible.
Ce sont ces deux choses qui m’ont poussée à continuer et à mener cette pratique jusqu’à aujourd’hui.

F.B : Vous dites que le Qi Gong est un art de santé. Est ce que vous pouvez nous expliquer comment des mouvements si simples peuvent avoir une influence sur la santé ?

D. Banizette : Oui, c’est la partie actuellement la plus connue et la plus utilisée, en tout cas en occident, et ça s’explique de façon assez simple.
D’abord, pratiquer des mouvements en essayant de détendre la musculature apporte, la détente corporelle.
Ensuite, quand le corps se détend, le sang circule mieux à l’intérieur et peut plus facilement aller irriguer les différentes zones du corps de façon plus efficace. Les organes en particulier sont mieux ravitaillés avec cet élément essentiel qui est le sang.
On travaille énormément sur la respiration en Qi Gong même si c’est de façon indirecte. La respiration se calme, s’apaise, s’approfondie, il y a donc un apport important, plus important que dans la vie quotidienne en oxygène qui lui aussi permet de nourrir davantage toutes les parties du corps et encore une fois en particulier les organes.
Dans la pratique du Qi Gong, cette respiration est dite abdominale. C’est à dire que au lieu de respirer avec le haut de la poitrine, on s’applique à respirer avec l’abdomen. Ceci a pour effet de mobiliser énormément le diaphragme et de masser les organes abdominaux, en particulier les intestins, mais aussi l’estomac, le foie et la rate qui se trouvent être au niveau du diaphragme et qui sont mobilisés par ce travail de diaphragme qui est important.


Z.B : Est ce que ce Qi est perceptible par tout le monde ou seulement par ceux qui pratiquent le Qi Gong ?

Toute personne vivante, tout objet vivant est porteur d’énergie. J’utilise ici le mot vivant dans un sens très large, considérant qu’une pierre ou une planète sont vivantes, puisqu’ elles ont une cohésion. A partir du moment ou le Qi, l’énergie, ne maintient plus la cohésion, les cellules et les atomes se dispersent. Tout objet et tout être vivant qui a une cohésion est porteur de cette énergie.

On peut percevoir ce Qi, cette énergie, de façon très simple. Observez la différence qu’il y a entre une fleur qui vient de s’ouvrir et une fleur qui est en train de se faner. Essayez de sentir la différence qu’il y a à l’intérieur de vous entre le matin quand vous vous réveillez d’une bonne nuit de sommeil et le soir quand vous rentrez de votre journée de travail. Votre force de cohésion est moins grande, vous dites de façon familière : Je ne suis pas en forme, je suis crevé.
On est crevé parce que l’on a épuisé une partie de cette énergie qui nous permet de mener à bien ce que l’on a à faire, en nous maintenant en forme.
Alors, qu’est ce qu’on fait ? Et bien d’abord on mange, ce qui permet de restaurer une partie de notre énergie par un apport extérieur, et puis on va se coucher, car seul le sommeil peut restaurer cette énergie qui nous permet de nous maintenir en forme.
Pourquoi ? parce que pendant le sommeil, le mental est au repos, la musculature est détendue et le corps adopte un rythme respiratoire particulier : paisible, ample et profond  que les mère de famille qui endorment leur enfant connaissent bien. Cette respiration particulière permet à l’organisme de se ressourcer et de reconstituer ses dépenses énergétiques.
Quand on pratique le Qi Gong, on est dans les même conditions que lorsque l’on dort. Le mental est au repos, la musculature est détendue, la respiration est la même que celle du sommeil : paisible, ample et profonde. Ce qui permet de reconstituer les dépenses énergétiques comme pendant le sommeil.
Mais le pratiquant de Qi Gong a un avantage sur le dormeur, c’est qu’il est réveillé, et pratique en toute conscience, ce qui lui permet non seulement de rétablir la circulation de l’énergie à l’intérieur de lui, mais aussi de capter les énergies extérieures.
J’ai dit tout a l’heure que pour plus de facilité les Chinois nomment différentes énergies. Alors il y a l’énergie du ciel qu’on laisse descendre et rentrer par le sommet de la tête , l’énergie de la terre qu’on laisse monter et rentrer par la plante des pieds et l’énergie la nature que l’on capte en particulier par la paume des mains. On se nourrit consciemment de ces différent types d’énergies qui  sont en réalité une seule et même énergie, le fameux Qi dont on parle.
Ceci peut paraître étrange pour qui n ‘en a jamais fait l’expérience, mais pour le pratiquant ce n’est pas plus extraordinaire que de ressentir la chaleur du soleil a travers la peau.

Z.B : Aujourd’hui, vous êtes venu en Chine, le pays d’origine du Qi Gong. Quelle motivation vous a poussée ?

Ce n’est pas la première fois que je viens en Chine, je suis déjà venue en 94. Pendant ce voyage j’avais pu ressentir que effectivement le Qi Gong etait issu de Chine. Un des handicaps que j’ai dans ma pratique, c’est que j’ai appris le Qi Gong en France, et que je n’avais jamais été en contact avec l’essence même du Qi Gong sur le sol Chinois. Ca m’a frappé en 94 lorsque j’ai fait un assez court voyage de trois semaines, de me rendre compte que cette pratique faisait partie complètement de la vie des Chinois, qui font du Qi Gong tous les matins dans les parcs et dans les rues. En me mélangeant à eux, j’ai pu sentir qu’ils baignaient complètement dans cette culture et lorsque je suis rentrée en France au bout de trois semaine, j’ai émis le souhait de pouvoir un jour retourner en Chine plus longuement pour prendre contact de façon le plus approfondi possible avec cette tradition.
La motivation de mon voyage actuel c’etait donc de prendre trois mois pour vivre sur le sol chinois pour sentir ce que c’est que la culture chinoise. Pas essentiellement le Qi Gong et la pratique du Qi Gong mais la vie de tous les jours, la vie Quotidienne, de me mélanger aux gens, de vivre avec eux, de prendre le bus avec eux, d’aller dans les même magasins, d’entendre la langue même si je ne la comprends pas etc……. pour essayer de capter un petit peu cette tradition que je ressens par la pratique, que j’étudie par les livres, mais, eh bien ! je ne suis pas Chinoise, donc je perçois quelque part une lacune que j’ai envie d’essayer de combler par ce voyage.


Z.B : Est ce que vous pouvez nous parler un peu des découvertes que vous avez faites, sur le plan technique ou sur le plan de l’art de ce Qi Gong  ?

pratiquante de Qi Gong en Chine

Au niveau technique, j’ai surtout découvert de nouvelles choses sur le plan médical puisque j’ai passé beaucoup de temps dans une clinique de soins par le Qi Gong qui est aussi un centre de recherche lié à une des université de médecine de Shanghaï. J’ai eu le bonheur de pouvoir travailler avec trois médecins qui soignent par les techniques traditionnelles Chinoises, donc aussi par le Qi Gong puisque le Qi Gong fait partie de la médecine traditionnelle chinoise au même titre que l’acupuncture, la moxibustion et la phytothérapie……. Ces médecins m’ont appris des techniques purement médicales. Ca, c’est une découverte pour moi puisque je connaissais plutôt des Qi Gong que l’on appelle de tonification générale qui sont plus pour grand public ou bien des Qi Gong qui sont plus orientés vers le développement spirituel. J’ai donc découvert une partie du Qi Gong que je connaissais un petit peu mais moins bien. C’était donc extrêmement intéressant.

Z.B : Vous avez été malade. Est ce que effectivement le Qi Gong vous a permis de vous soigner ?

J’ai été malade, gravement malade, oui, en 95, suite à une expérience vraiment difficile de la vie. Le Qi Gong m’a permis de me soigner. Je me suis soignée en grande partie par la pratique, par des techniques assez avancées. C’est vrai que le Qi Gong est un instrument très efficace en ce qui concerne le soin, mais pour pouvoir utiliser ces techniques il faut avoir un assez haut niveau de pratique. Un débutant aura plus de mal à se soigner par le Qi Gong, mais je ne dis pas qu’il ne peut pas y arriver. Par contre quelqu’un qui est déjà rentré depuis longtemps dans la pratique a accès effectivement à des techniques qui permettent de soigner des maladies graves assez rapidement.
Mais là où le Qi Gong peut être efficace pour un débutant, comme pour n’importe quelle personne, c’est par son utilisation en médecine par des spécialistes. Le médecin qui utilise des technique de Qi Gong pour soigner, lui, par sa pratique, a accès a des techniques très efficaces, et peut communiquer directement à la personne malade la capacité de guérir.

Z.B : A la clinique de Shanghaï, quel genre de maladie soignent les maîtres de Qi Gong ?

Je ne peux pas parler en général parce que je n’ai passé que trois mois dans cette clinique, je ne peux donc parler que de ce que j’ai vu pendant ces trois mois.
Les maladies les plus fréquemment traitées sont les maladies articulaires : beaucoup d’arthrose, d’arthrite, de lombalgies, de cervicalgie………..
D’autres maladies assez fréquemment traitées sont des problèmes de circulation.
Ensuite, dans un éventail assez large, j’ai vu des personnes venir pour des hernies discales, dans ce cas là, il n’y a pas d’opération envisagée, le docteur en Qi Gong va recevoir son patient et soigner son patient plusieurs fois par semaine, ça peut aller jusqu'à 4 fois par semaine, et petit a petit va permettre a cette hernie de se résorber et ainsi éviter l’opération.
J’ai aussi vu des personnes qui avaient eu des cancers et qui etaient maintenant guéries. Le traitement des cancers se fait en association avec la médecine moderne, c’est à dire avec la chimiothérapie et la radiothérapie. Ce qu’apporte le médecin du Qi Gong au patient c’est l’énergie suffisante au patient pour pallier aux effet secondaires de la chimio et de la radiothérapie. Ce qui fait que les traitements sont efficaces puisque la médecine moderne traite les cellules malades, et que le médecin en Qi Gong restaure l’énergie des cellules en bonne santé et des organes. Il y a donc là une efficacité assez étonnante.
J’ai vu aussi des personnes qui etaient très déprimés, très fatiguées suite à problèmes psychologiques. Ces personnes sont traitées généralement par le massage et par le Qi. Le médecin communique du Qi, de l’énergie, à son patient.


F. B. : Est-ce que pratiquer le Qi Gong comporte des dangers ? Quels sont les conseils que vous pourriez donner à des gens qui ont envie de pratiquer cet art ? 

Dans la clinique où j’ai travaillé, en Chine, une des maladies que j’ai vu assez fréquemment traitée dans cette clinique, est une maladie qui est la conséquence d’erreurs dues à une mauvaise pratique du Qi Gong. Cela se manifeste, la plupart du temps, sous forme d’une très grande fatigue, et de douleurs dans diverses parties du corps. Alors pourquoi ce résultat puisque le Qi Gong est un art de santé et devrait maintenir une bonne santé ?
C’est vrai que cette pratique a l’air très douce. Quand on la regarde, sans la pratiquer, on voit faire les gens et on a l’impression qu’ils font de petits gestes, très doux, très tranquilles. En réalité, avec l’apport de la respiration, des points de concentration et de l’attention, les gestes ont l’air doux à l’extérieur, mais le travail qui se fait à l’intérieur est extrêmement profond. En conséquence, si on utilise mal les points de concentration, la respiration et l’attention, on peut provoquer des désordres très importants dans la circulation énergétique à l’intérieur du corps et dans les organes.
Les gens que j’ai vu venir à la clinique, auxquels j’ai pu poser la question du pourquoi ils avaient été victimes de tels effets dans leur pratique, m’ont à chaque fois répondu qu’ils avaient pratiqué le Qi Gong seuls, qu’ils l’avaient appris à l’aide de livres, et qu’ils se sont mis à pratiquer le Qi Gong sans les conseils d’un bon professeur. Ceci se passait donc en Chine.
En France, je connais certaines personnes qui effectivement ont commencé à pratiquer le Qi Gong seules, et qui ont très vite ressenti  des effets qui étaient aussi indésirables, comme ceux qu’ont ressentis les pratiquants Chinois, mais qui ont eu l’intelligence de s’arrêter très vite, et de ne pas continuer la pratique.
Cela, c ‘est un des dangers du Qi Gong. L’autre danger c’est effectivement d’être suivi par un professeur, mais que le professeur soit lui-même un débutant. Et cela arrive aussi bien, en Chine, qu’en occident. Des gens qui n’ont pas la formation suffisante pour savoir réellement ce qu’ils font faire à leurs élèves et les conséquences de ce qu’ils leur font faire. Un des remèdes à cela, en France en tout cas, quand on commence à pratiquer avec un professeur, c’est de demander à ce professeur, quel est est cursus, quelles sont les études qu’il a faites, et avec qui et comment il a appris le Qi Gong.
Il existe deux fédérations en France, qui peuvent donner des renseignements sur les différents professeurs.


Z. B. : Dans votre studio, j’ai vu que vous pratiquiez aussi la calligraphie. Est-ce qu’il y a un lien entre la calligraphie chinoise et le Qi Gong ?

C’est indéniable.
Effectivement, depuis quelques années, je prends le pinceau chinois et personnellement, je trouve que la pratique du pinceau chinois est beaucoup plus difficile que la pratique du Qi Gong. Mais ça, c’est sûrement dû au parcours corporel que j’ai eu depuis mon enfance, j’ai beaucoup de mal à rester assise sur une chaise, même avec un pinceau Chinois à la main.
Le travail du pinceau Chinois est un travail de verticalité et d’horizontalité exactement comme la pratique du Qi Gong. C’est un travail de centre. Le centre, dans ces pratiques, se situe au centre du bassin, dans le Dan Tian. C’est de là que part le mouvement de Qi Gong, c’est de là que part le mouvement du pinceau.
C’est aussi un travail de respiration, puisque la respiration accompagne chaque geste du pinceau.
 Et c’est aussi un travail d’attention, puisque la calligraphie se pratique dans le même état d’attention à ce que l’on est en train de faire que quand on pratique le Qi Gong.
Il y a donc quelque chose d’extrêmement proche entre la calligraphie et le Qi Gong.
 On peut même dire que la créativité que l’on peut avoir dans la calligraphie est la même que celle que l’on a dans le mouvement du Qi Gong. Quand on pose le pinceau sur le papier, on trace un trait, ce trait est unique à chaque fois. Il ne peut pas être repris. La fois d’après on en trace un autre qui est lui même unique. Quand on fait un mouvement de Qi Gong, chaque mouvement que l’on fait est lui aussi unique, comme si chaque mouvement était toujours le premier. Chaque fois que l’on fait un mouvement, c’est comme si c’était la première fois. Chaque fois que l’on fait un trait sur le papier, c’est comme si c’était la première fois.


 

Pour en savoir plus sur le Qi Gong et l'Ecole du Qi :
www.ecoleduqi.com  


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