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Nicole Bernard : le Taichi dans la méthode Stévano vitch

Nicole Bernard

LPdK : Parlez-moi de votre parcours… Qu’est-ce qui vous a amenée au Tai Chi ?

Nicole Bernard : J’ai toujours été très sportive. A 18 ans, je faisais du handball et de la gymnastique à haut niveau, mais je voulais changer d’activité physique car l’aspect compétitif ne me convenait plus et je trouvais aussi que ça n’engageait pas assez l’être entier.
A la suite d’un voyage en Inde, je suis tombée malade et l’acupunctrice qui me soignait alors m’a dit un jour : «Vous devriez faire du tai chi». A l’époque le tai chi était totalement inconnu, je ne savais pas du tout de quoi elle parlait.
Alors je suis allée voir un cours et j’ai tout de suite été frappée par la beauté extraordinaire, presque ineffable, qui se dégageait de cette pratique.  J’ai commencé à me documenter, j’ai eu différents enseignants et au bout de 4 ans, un médecin que je connaissais m’a parlé d’un stage que Vlady Stevanovich donnait.
C’était un stage destiné à former des enseignants. C’était deux mois de pratique intensive avec un Maître. Je ne savais pas du tout où allait me mener ce stage, mais je voulais y aller. Je voulais aussi changer d’orientation… Comme il fallait que je sois disponible deux mois, j’ai abandonné mon boulot d’architecte.
Dès le début du stage, j’ai tout de suite vu que j’avais affaire à quelqu’un de très différent des personnes que j’avais rencontrées jusqu’ici : par sa maîtrise d’une part,  et par ce qui émanait de sa présence, d’autre part.
J’ai donc choisi de suivre son enseignement.  C’est aussi après ce stage que j’ai commencé à donner des cours. Au départ, nous étions un petit groupe : il y avait son frère, sa femme et quelques autres personnes et, avec le temps, le groupe s’est tellement agrandi que l’idée de créer une école internationale est née. J’ai suivi l’enseignement de Vlady jusqu’à sa mort, en 2005.
 

LPdK : Quelles sont les spécificités de la méthode de Vlady Stevanovitch ?
Nicole Bernard
: Ce qui m’a subjuguée dans l’enseignement de Vlady ? Pour la première fois, quelqu’un prenait le temps de m’expliquer ce qui est à la base de ces techniques : Qu’est-ce que le Chi ? Comment peut-on le sentir ? Qu’est-ce qu’on peut en faire ?
Jusqu’ici on m’avait montré les mouvements. Bien sûr, les enseignants parlaient de Tantien* et de Chi, mais ça restait abstrait. De temps en temps je sentais bien qu’il y avait quelque chose qui se passait dans mon corps, mais je n’avais aucun moyen de savoir ce que c’était, ni de le contrôler. Je me souviens d’un maître chinois à qui j’avais demandé : « C’est quoi le Tantien ? » Sa réponse a été très simple : il a pris ma main et il l’a mise sur son ventre. Effectivement j’ai senti quelque chose qui avait l’air très puissant et un peu bouillonnant… Mais comment faire pour le sentir ? Comment faire pour arriver à ce résultat ? Pas un mot.

Vlady a donc passé des heures à nous expliquer tout ça. A travers les mouvements, pas de façon théorique. Il nous faisait comprendre à nous, débutants occidentaux, que le corps physique et le corps énergétique c’était la même chose, qu’il n’y avait pas de différence entre les deux. Si on voulait travailler le Chi, il fallait travailler son corps physique. En réalité je devais oublier tout ce qu’on m’avait enseigné plus tôt dans la compétition : l’utilisation du corps pour obtenir une performance. Ici, il s’agissait d’utiliser le corps pour obtenir un état d’être et de comprendre que l’âme et le corps, c’était la même chose.
Cette approche pédagogique, qui consiste à mettre l’élève en contact direct avec le Chi et à lui donner rapidement des outils pour manipuler le Chi, a été controversée par d’autres enseignants. Car traditionnellement dans le tai chi, on exécute les mouvements pendant très longtemps et c’est seulement au bout d’un moment que l’on commence à aborder le Chi. Vlady n’était pas le seul enseignant à aborder le Chi dès le départ mais c’était très rare d’aborder les choses de cette manière.

Nicole Bernard en taïchi

C’est vrai qu’il faut être très prudent dans ce type d’enseignements car il y a des dangers et c’est là que la méthode est importante. Le danger possible ? Aller trop vite et développer le Chi plus vite que la maîtrise. Plus vous pratiquez, plus votre niveau de Chi augmente. Si la maîtrise n’augmente pas en proportion, le Chi peut alors vous dépasser. Prenons l’exemple d’un cheval : Si vous ne guidez pas l’animal, il peut faire des choses folles ! Il peut y avoir des accidents, des douleurs -  graves ou non -  ou des blocages.
Le point fondamental pour rester prudent est de revenir au Tan Tien centre de gravité et centre énergétique du corps, de façon très concrète. Les pratiques doivent impérativement être appuyées, soutenues et intimement liées à un travail musculaire précis. Le progrès de la maîtrise musculaire va avec le progrès du Chi et vice versa. Et c’est un travail très progressif. On ne maîtrise pas le Chi avant une bonne dizaine d’années de pratique. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas de bienfaits immédiats, par ailleurs.

Une autre spécificité de l’enseignement que j’ai reçu, c’est sa simplicité : Vlady a complètement épuré ces techniques de toute interprétation culturelle. Imaginons quelqu’un qui pratique l’escrime  et qu’on l’oblige à faire des prières avant de pratiquer, à utiliser des mots particuliers… Comme dans l’escrime, il y a une relation forte avec la culture dans le tai chi ou même le Qi gong . Si ce symbolisme a sûrement un intérêt, il n’est pas nécessaire pour la pratique. Il peut même parfois induire en erreur si nos connaissances sont insuffisantes.
Vlady a donc choisi d’épurer ses enseignements des éléments de culture orientale et des éléments religieux. Il utilisait des termes français, simples et concrets. J’ai beaucoup apprécié cet aspect de l’enseignement.

Au fur et à mesure des années, c’est par le corps et non par la théorie que j’ai découvert les principales notions d’orient. Par exemple, la notion qui s’appelle «ne rien faire», je l’ai comprise à travers un mouvement qui s’accomplit sans que la volonté intervienne.  C’était au bout de 15 ans de pratique… mais si je l’avais cherché, je ne l’aurais pas trouvé ! Et si je cherchais à le retrouver par le mental, je n’y arriverais pas.

 

*tantien : centre d’énergie situé dans l’abdomen. C’est le hara des japonais, ou le 3e chakra dans la tradition indienne.

La suite de l'interview de Nicole Bernard sera publié sur La Porte du Ki lundi 25 mai. Nicole Bernard y évoque notamment le travail spécifique du son dans la méthode Stévanovitch.


 

Interview réalisée par Nathalie Ferron.

En savoir plus sur la méthode Stévanovitch et l'Ecole de la Voie Intérieure :

www.tantien.com
www.quatrepiliers.com


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