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| Denis Emonet |
Première partie du témoignage écrit par l'auteur, dont vous pouvez retrouver un article ainsi que des informations sur son livre et ses compositions en fin d'article.
L’homme est un tout, et la force qui traverse son corps, son esprit et ses créations, dans la mesure où elles sont « inspirées », est la même. Les interférences entre ces domaines sont parfois troublantes : ainsi, j’ai connu une personne qui est venue pratiquer le « mouvement régénérateur »à la suite de l’écoute de ma musique, une autre a eu la surprise de voir le « mouvement » se déclencher alors qu’elle lisait mon livre … On n’est pas au bout de nos surprises dans le domaine du fonctionnement humain …
Ma vie a toujours tourné autour de deux grands centres d’intérêt : le fonctionnement physique et psychologique de l’homme et la musique. Je me suis découvert un illustre prédécesseur au XIIème siècle en la personne d’ Hildegard von Bingen, guérisseuse, compositeur et mystique. Plus près de nous, un Jean Klein a lui aussi consacré sa vie à ces deux grands champs d’expérience.
J’ai toujours été intéressé, dès mon enfance, par ce qu’on peut appeler, d’une manière très générale, la « philosophie ». En classe de sixième, mes copains me surnommaient « Antoine » parce que je lisais Saint Exupéry ! Je me souviens également de ma rédaction du Brevet, en classe de troisième, où le sujet étant la montagne, j’évoquais la possibilité qu’elle nous offrait de méditer sur notre vie. Dans le même ordre d’idées, vers l’âge de quinze ans, je pensais qu’un séjour en prison pouvait être intéressant dans la mesure où il supprimait toute distraction … (je ne savais pas ce qu’est la prison …).
C’est cette recherche du « sens de la vie » qui m’a poussé ensuite à faire des études de Lettres, qui n’ont malheureusement pas répondu à mon attente, mais m’ont montré que savoir est une chose, et qu’être en est une autre. On peut être très brillant intellectuellement sans pour autant être très équilibré dans sa vie de tous les jours. Cette découverte, qui a été un véritable choc, m’a poussé à chercher des outils de travail sur moi-même.
Comme beaucoup de gens de ma génération, je me suis tourné vers les pratiques et philosophies orientales, Yoga, Zen, etc. Après des recherches un peu tous azimuts, ma première rencontre déterminante fut la pensée de Krishnamurti. Pour la première fois, je tombais sur quelqu’un qui ne donnait pas de réponses, ni de ligne de conduite, mais poussait à regarder en soi, à voir sans jugement ni directives son fonctionnement tout au long du quotidien.
Je réalisai alors d’une manière saisissante à quel point l’esprit humain fonctionnait toujours de la même manière : quelles que soient les multiples formes de son activité, il recherche toujours au fond sa satisfaction et sa sécurité personnelles. Que l’on soit débauché ou ascète, la quête est toujours la même, celle d’un plaisir, d’un bonheur ou d’une « réalisation » personnels. A quelqu’un qui lui disait avoir tout quitté pour se consacrer à la recherche intérieure, Krishnamurti disait un jour : « avez-vous quitté aussi le désir de vous améliorer ?...
Il est évident qu’une telle rencontre, approfondie par une lecture assidue et la présence aux conférences qu’il donnait chaque année, à Saanen, en Suisse, est marquante : on ne peut plus guère ensuite adopter une quelconque philosophie, avec ses valeurs et ses règles de vie, sachant que tout cela ne nous sortira jamais du cercle vicieux de notre ego.
La deuxième rencontre fondamentale, celle d’Itsuo Tsuda et du « mouvement régénérateur », allait quelque part dans le même sens : il ne s’agissait pas de rajouter quelque chose, comme une technique physique basée sur un apprentissage, mais de redonner à l’organisme, corps et esprit, la possibilité de retrouver les fantastiques capacités d’autorégulation qu’il a trop souvent perdues.
Tsuda a été le disciple proche d’Haruchika Noguchi, qui a découvert que l’organisme pouvait de lui-même détecter la source de ses dysfonctionnements et déclencher les réactions adéquates pour y remédier. Ce fut une découverte révolutionnaire pour cet homme qui consacra toute sa vie à l’observation et à l’étude du fonctionnement physique et psychologique de l’être humain. Dans un premier temps il fut thérapeute, c’est lui qui intervenait ; ensuite, il poussa ses patients à le faire eux-mêmes, en réveillant leurs propres capacités endormies. C’est la fonction des séances de « mouvement régénérateur » : aider les participants à réveiller cet instinct vital qui en partant d’un simple embryon, a su bâtir un organisme aussi complexe que le nôtre.
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| L'intelligence instinctive |
Peu à peu, ce réveil amène le corps à effectuer un grand retour en arrière pour remettre en ordre tout ce qui a été faussé depuis la naissance. C’est un très vaste programme, mais ceux qui rentrent dans l’expérience se rendent compte que c’est bien ainsi que ça fonctionne : des traumatismes enfouis parfois depuis des décennies, et qui nous polluent chaque jour l’existence, vont revenir à la surface et ensuite s’évacuer, opérant alors une véritable révolution dans notre vie. J’ai ainsi rencontré une personne qui a vu le « film » de l’inceste qu’elle avait subi petite, et qui découvre maintenant peu à peu la légèreté de vivre sans ce poids qui l’avait jusqu’alors toujours accompagnée.
D’autres dysfonctionnements, plus spécifiquement physiques ceux-là, vont suivre le même processus d’hypersensibilisation dans un premier temps, suivie d’élimination : on pourra ainsi retrouver la bronchite chronique de son enfance ou une douleur vertébrale consécutive à un accident, avant que ceux-ci se régularisent une bonne fois pour toutes.
Cela amènera dans le même temps une régulation psychologique, avec une découverte vécue de l’étroite imbrication du corps et de l’esprit. C’est une évolution réelle, pas un simple masquage des problèmes : on peut dire , sans exagération , qu’elle peut mener à une véritable redécouverte de soi-même et de son fonctionnement : en se dépouillant peu à peu de tout ce qui s’est déposé au fil des années sur notre nature originelle ( dans un but de protection par exemple ) , on devient plus « transparent » , et des forces qui dépassent notre personne (ce qu’on appelle le « Ki » ou le « Chi » sous d’autres latitudes) peuvent alors s’exprimer d’avantage à travers nous . On pourra alors surprendre les autres tout autant que soi-même par des réactions ne correspondant pas à son caractère, ses idées ou ses habitudes ; des réactions qui se font à travers nous, mais qui ne sont pas dirigées par notre conscience personnelle. On commencera alors à appréhender la vie autrement que comme la seule répétition des mêmes circuits établis par les conditionnements personnels et l’habitude.
Voilà ce que j’expérimente depuis maintenant plus de trente ans. Pendant quelques années, j’ai participé régulièrement aux stages que Tsuda animait à Genève, puis quand mon « mouvement » a eu la même intensité seul, chez moi, qu’en stage avec Tsuda, je n’y suis plus retourné. C’était pour moi une évidence, et je pense que c’était bien dans la ligne de ce que cherchait Tsuda, et Noguchi avant lui : nous rendre indépendants. Tsuda, à l’époque, a même un moment dissous son groupe de Paris, parce que les participants investissaient trop sur lui. On rencontre malheureusement trop peu aujourd’hui un tel détachement. Il est tellement valorisant pour l’ego d’être le « maître » d’un groupe. Quand on appelait Tsuda « Maître », il répondait : « non, CENTImètre ! ». Aujourd’hui fleurissent les « Senseï » …
Suite de l'article mi janvier.
Denis Emonet anime des stages de Mouvement régénérateur en Isère (voir notre rubrique Agenda) et à la demande à Paris. Plus de renseignements : denis.emonet@hotmail.fr
Découvrir le livre de Denis Emonet : « L’intelligence instinctive, Réajuster corps et esprit»
En savoir plus sur le Mouvement Régénérateur : lire l’article de D. Emonet sur eklectic librairie.
Voir aussi notre rubrique Mouvement Régénérateur.