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| L'esprit meut le corps |
Alex G. Chénière, professeur de Tai Chi Chuan style Yang Originel, explique à ses élèves réunis en stage : « la forme du mouvement n’est pas tout : le geste est lent : bien ; vos muscles sont détendus : parfait ; mais surtout votre main doit être « vivante » : votre mouvement doit être « habité » par le Yi, sinon il est mort et inefficace ».
Mais qu’est-ce que le Yi ? Le travail du Yi porte sur la concentration et la mobilisation de l’attention afin de diriger le Ki, l’énergie interne, dans les différentes parties du corps. Plus facile à dire qu’à faire…
Car le Yi serait plus que la seule volonté : selon Koïchi Tohei(*), maître d’arts martiaux contemporain, dès lors « qu’il n’y a pas de ligne séparation entre l’esprit et le corps », le secret est dans l’union du corps et de l’esprit. Voici ses conseils :
- se concentrer sur un point (le « hara », centre d’énergie dans l’abdomen)
- être détendu, sans relachement ;
- conserver un esprit positif.
Koïchi Tohei regroupait ses élèves les plus avancés une fois l’an, au cœur de l’hiver, pour un entraînement dehors qui passait par un bain dans l’eau glacé. A un nouvel élève qui lui demandait s’il risquait d’attraper froid en les suivant, K. Tohei répondait : « Si vous voulez attraper un rhume, attrapez-en un. Si vous ne voulez pas, ne le faites pas ». Pour le maître, l’utilisation de la détermination permet la pleine mobilisation de son énergie intérieure (Ki) qui décuple les possibilités du corps. Lors d’un de ces entraînements hivernaux, un élève moins expérimenté a perdu sa concentration sur le point « hara » et s’est mis à trembler violemment, repris par la sensation de froid. K. Tohei est alors intervenu pour aider l’élève à reprendre sa concentration, et les tremblements ont cessé aussitôt.
Sans aller jusqu’à ces expériences extrêmes, l’intérêt de ce récit est l’importance donnée à l’unité corps-esprit.
Pour Koïchi Tohei, « l’esprit meut le corps ». Le corps étant matériel, avec forme, couleur, odeur : ses mouvements sont restreints, à la différence de l’esprit qui est immatériel, et dont les mouvements sont sans limite. Si le corps vieillit et s’use, il n’en est pas de même de l’esprit.
Pour lui, « la force de l’esprit est la force réelle ». K. Tohei prend l’image d’un tuyau à incendie : vide, il est flexible, avec peu de résistance. Quand l’eau jaillit à l’intérieur, il devient très solide et on ne peut plus le plier. « Si votre force mentale circule à travers votre bras, essayer de le plier serait comme s’efforcer de plier une lance à incendie en action ».
Force mentale, détermination, pensée positive, les arts martiaux traditionnels sont nombreux à prôner cette attitude volontariste pour mobiliser l’énergie interne, notamment au service de l’efficacité de leur art.
Le nanbudo, arts martial japonais récent, ne fait pas autre chose quand il met en avant les « 3 forces du nanbudos : force, courage, conviction ». Mais cette pratique semble avoir une autre dimension, que l'on retrouve sans doute dans le « Yi » chinois. L’originalité de l'art créé par Me Nanbu est qu'il insiste aussi sur un travail de ressenti, d’écoute. Il rejoint en cela le travail du Qi Gong chinois où l’ouverture au Ki (Qi) de l’environnement est aussi important que l'action sur son énergie vitale propre.
Attitude volontaire et écoute des sensations ressemblent à l’alternance du Yang et du Yin, de l’exprimé et du ressenti, du mouvement et de l'immobilité. Deux aspects inséparables et complémentaires : les deux sont nécessaires sous peine de déséquilibre.
Le « Yi » est volonté, engagement de soi dans l’action. Il est tout autant accueil de la sensation et ressenti. Il est donc profondément humain.
JGL
(*)"le Ki dans la vie quotidienne", Koïchi Tohei, ed Guy Trédaniel. Commander le livre.
crédit photo : www.peopledaily.com.cn
Visiter le site d'Alex Chénière : http://hommedejade.free.fr/
En savoir plus sur le nanbudo.